LE WHISKY
La Distillerie : Warenghem, l'étendard du whisky breton niché à Lannion (Côtes-d’Armor).
L’Histoire : Fondée en 1900, la distillerie a bravé les interdits pour créer le premier Single Malt français. Avec Yeun Elez, elle s'aventure hors de sa zone de confort pour dompter une tourbe sauvage de $50\text{ ppm}$.
La Cuvée : Yeun Elez Jobic 46%. Un nectar distillé dans la pure tradition des pot stills en cuivre, dont l'orge a été maltée en Écosse faute de tourbières exploitables en France. C’est un whisky paradoxal : la force brute d’une tourbe médicinale enveloppée dans la douceur cristalline de l'eau filtrée par le granit rose breton.
LE MET
La Création Culinaire : Tartare de haddock fumé et de praire crue.
Le Montage : Un lit de gel de concombre et salicorne, surmonté du mélange de haddock et de praires finement hachées. Le tout est ponctué d'œufs de truite éclatants et de zestes de citron.
Le Plus et le Peps : La Pimprenelle, avec son parfum discret de noix et de concombre, et le Poivre de Madagascar qui apporte une chaleur boisée. La praire, plus ferme et plus "sauvage" que la Saint-Jacques, offre une résistance texturale qui répond parfaitement à la densité du whisky.
L'ACCORD ET SA PHILOSOPHIE
L'Écho des Sens : Cet accord repose sur une opposition de fraîcheur. Le service froid (8-10 C) du tartare vient "glacer" la fumée du Yeun Elez, la rendant plus fine, presque aérienne. La salinité des œufs de truite et des praires appelle le côté iodé du distillat, tandis que le gras du haddock fumé sert de tapis à la tourbe médicinale. C’est une école buissonnière où la mer et la terre marécageuse s'unissent dans un baiser froid.
Citation : « Cette journée peut nous décevoir en bien. »
Une invitation à laisser les préjugés au vestiaire pour savourer l'imprévu.
AU DÉTOUR DU CHEMIN
J'ai souvenance : Des soirs de brume sur les Monts d'Arrée, où l'odeur de la terre humide se mêle à celle des feux de cheminée lointains. Ce whisky n'est pas qu'un spiritueux, c'est un souvenir liquide de la lande.
Le saviez-vous ? Bien qu'il affiche 50ppm (autant qu'un Ardbeg), le Yeun Elez est souvent perçu comme plus "doux". C'est grâce au climat breton, plus chaud que celui des îles écossaises, qui accélère le vieillissement et arrondit les angles de la fumée.
L'ANECDOTE DU PARADOXE BRETON
· Le Yeun Elez est indissociable de l'Ankou. On raconte que la pression atmosphérique des tempêtes bretonnes pousse le whisky plus profondément dans les douelles des fûts que sur les îles écossaises. Ce processus extrait des arômes de vanille sauvage qui viennent "tamponner" l'agressivité des 50 ppm, créant ce paradoxe breton : une puissance colossale dans un gant de velours.
La Légende du Youdig : On raconte que le Yeun Elez abrite le Youdig, une faille sans fond menant tout droit aux Enfers. L’Ankou y précipitait les âmes égarées. Pour calmer le démon qui hurlait sous la tourbe, un prêtre y aurait jeté un chien noir possédé. Aujourd'hui, certains jurent que le pétillement de la tourbe dans le verre est le dernier écho des aboiements du chien noir, capturé pour l'éternité dans l'ambre du whisky.
En choisissant ce nom, Warenghem ancre son whisky dans le mysticisme celte.
· « Selon la légende, un vieux recteur, Tadic-Coz, connaissait le secret et le rituel pour enfermer les âmes des revenants dans le corps d’un chien noir. Il chargea le jeune Jobic de guider le chien vers la porte des Enfers. Celui-ci, allant de presbytère en presbytère, conduisit le chien noir au recteur de Commana. Ensemble au coucher du soleil, ils précipitèrent le chien noir dans le marais du Yeun Elez, condamnant le revenant aux enfers. »
« Je rapporte ici ces légendes qui hantent mes songes ; elles sont le fil d'Ariane entre mes créations culinaires et la vibration des cuvées. Puisse votre esprit y vagabonder librement, comme une Fugue Buissonnière entre le rêve et la réalité. »